Photos d’exploitation agricole : préparer un reportage à la ferme

De bonnes photos d’exploitation agricole montrent le travail tel qu’il se fait : les personnes, les gestes, les animaux, les machines et les produits, au bon moment de la saison. Elles servent à vendre en direct, à présenter la ferme sur un site ou sur les réseaux, à répondre à une coopérative ou à un journaliste. La qualité du résultat dépend moins de l’appareil que de la préparation : choisir le moment, ranger ce qui doit l’être et prévoir les règles de sécurité de la ferme.

L’essentiel

  • En 2020, 23,1 % des exploitations de France métropolitaine vendaient en circuits courts, selon l’Insee : pour elles, la photo fait partie de la vente.
  • Le bon moment d’un reportage est celui de l’activité qu’on veut montrer : moissons, mise à l’herbe, jour de transformation.
  • Les premières et dernières heures du jour donnent la lumière la plus douce, surtout l’été.
  • Sécurité, biosécurité de l’élevage et accord des personnes photographiées se règlent avant la venue du photographe.
  • Le drone obéit à une réglementation précise : 120 mètres de hauteur maximale en catégorie ouverte.

À quoi servent les photos d’une ferme ?

La question paraît simple, elle change pourtant tout le reportage. Une photo destinée à un panneau de bord de route ne se cadre pas comme une photo pour un catalogue de semences ou pour la page d’accueil d’un site de vente en ligne.

Les chiffres du recensement agricole 2020, repris par l’Insee dans son édition 2024 de « L’agriculture », donnent une idée de l’enjeu. Sur 389 779 exploitations en France métropolitaine, 90 024 vendaient au moins une partie de leur production en circuits courts, soit 23,1 %. Plus d’une exploitation sur trois (36,4 %) avait une activité de diversification, et 14,5 % transformaient leurs produits à la ferme. Pour ces fermes, l’image accompagne la vente : étal, boutique, paniers, réseaux sociaux.

Un éleveur qui démarche des restaurants, par exemple, n’envoie pas une liste de prix seule : le chef veut voir les bêtes, les prés, l’atelier de découpe. C’est souvent ce qui déclenche le premier rendez-vous quand on cherche à vendre en circuits courts à la restauration. Les usages les plus courants :

  • la vente directe : boutique à la ferme, marchés, paniers, site de commande ;
  • les réseaux sociaux, où la ferme raconte son année au fil des saisons ;
  • les dossiers : demande de label, présentation à une banque, accueil de stagiaires ;
  • la presse locale, qui demande presque toujours une photo avec l’article ;
  • les coopératives et les fabricants de matériel, qui utilisent des images de terrain pour leur communication.

Que photographier, et à quelle saison ?

Une ferme ne se photographie pas en un jour. Les moments forts sont étalés sur l’année, et c’est rarement celui de la visite qui tombe bien. Le plus simple est de partir de ce qu’on veut raconter, puis de caler la date.

Photos d'exploitation agricole
Ce qu’on veut montrerPériode favorableÀ ne pas oublier
Les moissons, la récolteL’été, en fin de journéeVues au sol et en hauteur, chauffeurs, remorques, poussière dans la lumière
Les semis, le travail du solSelon les cultures, au printemps ou à l’automneLa machine en travail réel, pas à l’arrêt dans la cour
L’élevageToute l’année, au pré dès la mise à l’herbeLes éleveurs avec leurs animaux, la traite ou le soin
La transformationUn jour de productionLes gestes, les mains, les tenues, l’atelier propre
Les produits finisQuand ils sont au mieux, à la récolte ou à la sortie d’atelierLumière du jour, fond simple, produit réellement vendu
La ferme vue d’en hautPar temps clair, cultures en placeRègles de vol du drone vérifiées à l’avance

Les moissons reviennent souvent en tête, parce que c’est le moment le plus spectaculaire de l’année et le plus chargé. Mieux vaut prévenir le photographe très tôt et lui indiquer les parcelles prévues : le planning bouge avec la météo, et l’organisation du chantier, décrite dans cet article sur la façon de réussir ses moissons, laisse peu de marge pour attendre un photographe.

Pour des images destinées à la communication d’une coopérative, d’une marque agroalimentaire ou d’un constructeur de matériel, beaucoup d’entreprises confient ce travail à un spécialiste du reportage photo agricole, habitué à suivre une machine en parcelle ou un éleveur au milieu de son troupeau sans gêner le travail.

Préparer la journée sur l’exploitation

Le photographe ne connaît pas la ferme. Ce que l’exploitant prépare avant son arrivée se voit directement sur les images.

  1. Faire une liste courte : cinq ou six scènes à montrer, avec le lieu et l’heure. « Les vaches au pré du haut vers 19 h » est plus utile que « des photos de l’élevage ».
  2. Ranger les abords des scènes choisies : bâches, sacs vides, pneus usagés, outils qui traînent. Un regard sur le fond de l’image évite de longues retouches.
  3. Prévenir les personnes qui seront photographiées, salariés, associés ou famille, et leur demander leur accord, surtout si les images seront publiées.
  4. Expliquer les règles de sécurité : zones interdites, distance avec les machines en marche, comportement à avoir avec les animaux.
  5. En élevage, donner le protocole sanitaire de l’exploitation : tenue, bottes, sas, bâtiments à ne pas visiter.
  6. Prévoir une solution de repli si la météo tourne, un atelier ou un bâtiment à photographier à l’abri.

Un point souvent oublié concerne la lumière. En plein midi l’été, le soleil écrase les reliefs et creuse les visages. Les premières heures du matin et la fin de journée donnent des couleurs plus chaudes et des ombres longues, et beaucoup de photographes privilégient ces heures-là.

Le drone, utile mais encadré

Une vue aérienne montre d’un coup ce qu’aucune photo au sol ne permet : le parcellaire, les haies, les bâtiments, une moissonneuse au milieu d’un champ. Elle reste soumise à des règles. La fiche réflexe « catégorie ouverte » du ministère de la Transition écologique fixe la hauteur maximale à 120 mètres et impose de ne pas survoler les rassemblements de personnes. Certaines zones, autour des aérodromes notamment, ont des limites plus basses : la carte des restrictions publiée sur Géoportail indique ce qui s’applique à chaque parcelle.

Le télépilote d’un drone équipé d’une caméra doit en outre s’enregistrer sur AlphaTango, le portail de l’administration. Si le vol est confié à un professionnel, c’est à lui de vérifier la zone et de faire les démarches. L’exploitant, de son côté, signale les lignes électriques, les animaux sensibles au bruit et les voisins à prévenir.

Après le reportage, garder la main sur ses images

Les photos n’ont de valeur que si on les retrouve. Un classement par année et par saison suffit, avec un dossier à part pour les meilleures. Côté droits, il faut savoir à l’avance qui pourra utiliser les images et pour quoi : la ferme seule, la coopérative, un magasin de producteurs. Quand c’est un client qui commande le reportage, l’exploitant photographié a intérêt à demander s’il pourra en récupérer quelques-unes pour sa propre communication.

Enfin, une photothèque se renouvelle. Une page qui montre toujours la même récolte d’il y a cinq ans donne l’impression d’une ferme figée. Quelques images nouvelles chaque saison suffisent à la garder vivante.

Questions fréquentes

Faut-il un photographe professionnel pour photographier sa ferme ?

Pas pour les réseaux sociaux au quotidien, un téléphone bien utilisé suffit. Pour un site internet, un catalogue, une campagne ou un dossier important, un photographe habitué au milieu agricole apporte une qualité d’image et une organisation que l’on obtient difficilement seul en pleine saison.

Quelle est la meilleure heure pour photographier des animaux au pré ?

Le début et la fin de journée, quand la lumière est rasante et que les animaux sont souvent plus actifs. En été, c’est aussi le moment où la chaleur est la moins forte pour eux comme pour l’équipe.

Peut-on publier des photos de ses salariés ?

Seulement avec leur accord. Le plus simple est de leur demander par écrit avant le reportage, en précisant où les images seront diffusées.

Sources

  • Insee, « Diversification des activités des exploitations agricoles », L’agriculture, édition 2024 (données du recensement agricole 2020).
  • Ministère de la Transition écologique, fiche réflexe « Catégorie ouverte » (réglementation des drones).

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