Cultiver d’un côté, produire de l’énergie de l’autre ? Vous pouvez faire les deux, ce, en même temps, au même endroit. C’est même le pari de l’agrivoltaïsme, une solution qui séduit de plus en plus d’agriculteurs et d’éleveurs à la recherche d’un second souffle. À la fois économique, technique et écologique, les avantages sont non négligeables. Détaillons.
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Petit zoom sur l’agrivoltaïsme
C’est quoi, exactement ? L’agrivoltaïsme désigne l’installation de panneaux photovoltaïques sur des terres agricoles sans interrompre l’exploitation agricole.
Le principe ne repose pas sur la logique du remplacement, mais sur celle de la cohabitation intelligente. Cela permet de produire de l’énergie tout en valorisant la terre. Et surtout, de créer un système plus résilient face aux aléas climatiques et économiques. À y regarder de plus près, force est de constater que le secteur agrivoltaïque en France est en pleine accélération.

Les avantages pour les agriculteurs et éleveurs
Passons désormais aux avantages. Concrètement, qu’est-ce que les travailleurs de la terre ont à y gagner ?
Produire de l’énergie sans sacrifier les cultures
L’utilisation des panneaux solaires et leur installation au-dessus des cultures ou des pâturages n’est pas réellement une pratique nouvelle. Par contre, le faire sans bloquer l’activité agricole est tout autre chose. Avec l’agrivoltaïsme, les structures s’adaptent au terrain :
- une hauteur ajustée qui laisse passer les machines,
- une orientation modifiable pour optimiser la lumière,
- un espacement maîtrisé afin de garantir l’accès aux troupeaux ou aux cultures.
Tout cela vous fait profiter d’une production agricole maintenue… avec un petit coup de pouce pour l’ombre et la gestion thermique. Et en bonus, d’une production d’électricité propre.
Un complément de revenu bienvenu
La réalité est simple : les revenus agricoles ne suffisent plus toujours à assurer la stabilité financière d’une exploitation. L’agrivoltaïsme devient alors un appui stratégique. Vous avez deux cas de figure :
- Vous louez vos terres à un opérateur et vous percevez un loyer.
Ou
- Vous installez vous-même les panneaux et vendez l’électricité produite.
Dans les deux cas, les revenus peuvent représenter un vrai plus : de quelques milliers à plus de dix mille euros par hectare, selon les installations et les rendements. Pour beaucoup, c’est une bouffée d’oxygène et une manière de réinvestir dans du matériel, des infrastructures ou tout simplement dans du confort de travail.
Des effets positifs sur les cultures… et les bêtes
Les panneaux ne sont pas là que pour faire joli ou produire de l’électricité. Ils ont un impact direct sur le microclimat de la parcelle.
- moins de stress hydrique en plein été,
- moins de coups de chaud pour les animaux,
- moins de pertes liées aux intempéries,
- et une meilleure régulation de l’humidité du sol.
Certains arboriculteurs observent même une meilleure coloration des fruits. Côté élevage, les retours sont clairs : les bêtes sont plus calmes sous les ombrières.
L’autonomie énergétique à portée de main
Produire localement pour consommer intelligemment : voilà le deuxième pilier de l’agrivoltaïsme. L’installation d’unité de production vous permet de réduire votre dépendance au réseau.
Dans un contexte d’augmentation du coût de l’énergie, les avantages sont nombreux :
- l’alimentation des chambres froides,
- des pompes d’irrigation alimentées en direct,
- les recharges de véhicules ou outils agricoles électriques,
- l’éclairage des bâtiments ou des serres.
Avant, c’était juste un simple « plus ». Avec l’agrivoltaïsme, c’est devenu une vraie stratégie d’autonomie.
Des dispositifs modulables selon les cultures
L’agrivoltaïsme se décline. C’est justement ce qui le rend aussi pertinent. Chaque territoire, chaque exploitation peut trouver son modèle adapté, en fonction du climat, du relief, de la production.
- En maraîchage, on opte pour des structures légères et ajustables.
- En viticulture, des ombrières qui protègent du gel ou de la grêle sont plus adaptées.
- En élevage, il convient de choisir entre des installations mobiles ou fixes, selon les besoins.
La question qui fâche : le cadre réglementaire
Avec une telle montée en puissance, difficile d’éviter les abus. Des opérateurs peu scrupuleux tentent parfois de maquiller de simples projets photovoltaïques en projets agricoles.
Pour éviter cela, l’État a posé un cadre, c’est la loi controversée relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables. Elle encadre précisément :
- les surfaces utilisables,
- les conditions de co-activité agricole,
- les engagements de production minimale agricole.
L’objectif est alors d’éviter la dérive « 100 % énergie, 0 % culture ». Puis, en même temps, préserver l’équilibre entre innovation et bon sens paysan.
L’agrivoltaisme, une dynamique encouragée par les filières
Un bon projet d’agrivoltaïsme, c’est d’abord un projet porté par ceux qui travaillent la terre. Ensuite, quand c’est bien fait, ça implique les collectivités locales, les chambres d’agriculture, les coopératives et syndicats et surtout… les agriculteurs eux-mêmes.
Les expérimentations locales deviennent des projets à grande échelle, soutenus par des acteurs publics comme privés. Certaines régions l’encouragent même dans leurs politiques agricoles et énergétiques.
Les acteurs agricoles ne sont pas en reste. Beaucoup de coopératives lancent leurs propres projets pilotes. Les instituts techniques publient des données de suivi en comparant rendements, qualité des récoltes, gestion de l’eau…
Côté équipement, l’innovation avance vite. Des structures plus légères, plus mobiles, plus intelligentes font leur apparition. Le tout avec un objectif clair : ne pas freiner le travail agricole.
L’agrivoltaïsme en France : une piste à suivre, mais bien balisée
L’agrivoltaïsme ne sauvera pas l’agriculture à lui seul. Par contre, il peut clairement en faire partie en apportant de nouveaux revenus, une protection climatique, une autonomie énergétique. Mais attention : cela ne fonctionnera que si la priorité reste agricole. Le projet doit servir la terre, pas s’en servir.